MERCREDI 05 NOV. La grève annoncée de la SNCF, ce n’était pas pour aujourd’hui mais pour demain, raison de plus pour venir assez vite à Vauxbuin, où Papa se trouve seul, volontairement, depuis que Maman est dans un semi-coma et qu’il n’y a plus rien à « faire ».
D’une part, j’échappe à un blocage de circulation, je suis arrivée ; d’autre part, et c’est le plus motivant, après m’avoir dit au téléphone de ne pas me presser, Papa semble au contraire, d’après Thierry, souhaiter mon arrivée. Il n’y a plus à s’occuper de Maman, nourrie par une perfusion, calmée par des patches de morphine, et ne bougeant plus sur son lit anti-escarres… mais la solitude n’est « bonne » que comme un soulagement, c’est-à-dire très provisoire, et Papa angoisse à côté de cette agonie qui n’en finit pas. Son nouveau soulagement, cette fois de n’être plus seul, est visible et me récompense d’être venue sans tarder.
Les retrouvailles avec la mort de Maman sont difficiles mais moins que je le craignais, à cause de l’accueil de Papa, mais surtout des réserves de vie, de vitalité, de bonheur même que je ramène de Châteauneuf, où mes petits monstres m’ont fatiguée physiquement en me réparant moralement. Maman a un masque mortuaire mais respire presque paisiblement. Le « presque » me fait souci, je prends les instructions de Thierry au téléphone, il s’agit de tout faire pour qu’elle ne puisse pas souffrir, et je comprends que c’est à nous qu’incombe de donner les soins palliatifs. Le « réseau Cécilia » de Soissons, c’est du pipeau, ils nous laissent complètement tomber. Il faut arracher des ordonnances au grand docteur (par la taille), et ensuite au pharmacien les doses de morphine, c’est très surveillé, tout ça.
Heureusement, jusqu’au bout, on aura les Hadettes. J’ai revu avec plaisir Marion et Sabrina, on a discuté de la douleur, moi préoccupée de celle de Maman et elles de la mienne et de celle de Papa. Elles conseillent de faire quelque chose, mais du côté de « Cécilia », je leur dis qu’il n’y a rien à attendre, elles reparlent de cet infirmier que connaît Papa, et qui pourrait être utile. Moi, je leur dis que je n’irai consulter personne, vu qu’il est normal et de perdre sa mère à mon âge et d’en ressentir du chagrin, quelque soit l’âge…Et, en plus, j’ai plein de jeunes pour m’occuper l’esprit.
Présentement, pour s’occuper l’esprit de choses positives, on a « la nouvelle Amérique » du président Obama. Grâce à cela, non seulement, on retrouve l’espoir, mais Papa arrive à sortir de son chagrin et suit les infos et débats avec une attention soutenue et du plaisir !! Quand il va se coucher, j’ai deux films devant moi, le premier « le candidat » de Pollak, en VO, avec Robert Redford, d’actualité puisqu’il s’agit de la campagne d’un candidat improbable et démocrate aux élections sénatoriales. Redford est aussi blond que le vrai d’aujourd’hui est brun, mais il y a des ressemblances troublantes, ils sont trop sexy tous les deux !!
JEUDI O6 NOV. Ciel de saison, brume matinale, il pleut moins que dans le sud !! Papa, probablement réconforté par ma présence a fait le tour du cadran et est de bonne humeur. Les Hadettes font gémir maman, les manipulations restent douloureuses, je compte en parler au toubib demain.
On fait les courses ensemble avec Papa, ça me permet d’aller chez ED et d’improviser. Le déjeuner plaît bien, François annonce sa visite pour après le déjeuner, Thierry prévient que l’infirmier secourable va téléphoner pour annoncer la sienne. Je vais donc envoyer mon « blogue » tout de suite, en espérant que François prendra la relève. Mais c’est vrai qu’en l’absence de Maman, on n’a plus grand-chose à dire.