VENDREDI SOIR, le 17 Oct. Le soleil est assez chaud pour qu’on se tienne sur le banc, on a devisé près de chez nous au soleil avec Papa, il m’a donné envie de lire un Prix Nobel australien, Coetze, je crois. Maman, avec sa tendance à couler à gauche, ne se réveille pas beaucoup. Quand elle est ainsi, je pense moins à une incapacité de « tenir » qu’à un refus de le faire. Est-ce parce que cette femme a toujours voulu ce qu’elle voulait, son « oui » étant « oui » et « non » un vrai « non », je n’arrive pas à la considérer comme dépourvue de libre-arbitre. Et, le soir, quand elle refuse de manger, pareil, je me dis qu’elle se fâche un peu, qu’elle nous donne congé, à nous et à notre stupide bonne volonté.
Ti-lou fait un repas d’enfer, la soupe protéinée de Maman plus l’os du bœuf bourguignon, Papa se couche tôt et je regarde très peu la télé, c’est pas tous les soirs qu’on a Bernard Tapie pour nous distraire.
SAMEDI MATIN. Pour Maman, ça a été un lavement, dont on n’a pas encore le résultat et pour Papa, ça a été une visite chez le vétérinaire, le chien avait inondé son panier et se traînait.
J’ai fait déjeuner Maman, mais pas beaucoup, elle parlait mais ne voulait rien absorber. J’ai bien vu qu’elle a toute sa tête, parce que je lui ai dit, exprès, que Papa était chez le vétérinaire, et elle a très bien compris, je l’ai bien rassurée, quoique moi-même je ne le fusse pas, rassurée.
Bon, Papa est rentré tout seul, il a laissé définitivement le petit chien, gros problème cardiaque, paraît-il. On est un peu chamboulés, pourvu que Maman ne la cherche pas. On pourra toujours dire qu’elle est restée en « observation »…
A part Papa et moi, la nouvelle de cette disparition risque d’affecter François, je n’ose pas troubler ses vacances en lui téléphonant donc il l’apprendra par le « blog », mais c’est un faux blog, puisque, faute d’avoir trouvé une connexion, je fais des e-mails qu’ensuite il met sur le blog. Et, d’après un texto qu’il m’a fait, il n’arrive pas non plus à se connecter avec son nouveau portable.
Je vais rentrer, c’est la fin de la sieste, qu’est-ce qu’on va faire pour échapper à une poignante tristesse ? Moi, je peux me plonger dans mes photos de bonheur, regarder Eva et les autres, mais Papa ?? Et si je pleure avec lui, qui d’ailleurs ne pleure toujours pas, est-ce que ça le fera, comme dit mon frère ?? Les temps sont difficiles.