MARDI SOIR. Arrivée tardive de la remplaçante. Mes frères me voient volontiers comme un bouche-trou, mais F. m'accueille gentiment, il a l'air super-content de partir et de retrouver sa copine. Je prends donc la succession pour les nouvelles de Maman, tâche difficile, vu qu'il n'y a rien de neuf depuis longtemps et qu'on plonge lentement mais sûrement dans le noir.
MERCREDI MATIN. Fini le beau temps. François décarre, toujours en vélo, j'ai eu moi aussi envie de l'étrangler, comme quoi on a nos nerfs, nous aussi les soeurs. Ouf, enfin seuls avec mon Papa chéri, qui n'a pas l'air plus loquace que son épouse, et quand il émet un son, lui on comprend ce qu'il dit, des fois on peut même le prévoir, eh bien, on le regrette.
Maman petit-déjeune correctement, je suis même fière de la façon dont elle absorbe la totalité de sa tasse à café, vu qu'il y a une certaine rivalité fraternelle sur la question. Ensuite, elle refuse le lit, mais le pb, c'est qu'elle ne tient plus bien assise, elle tombe vers la gauche. Pour la faire manger, je reste debout, la main gauche sous sa tempe gauche et la droite tenant la cuiller. Pas mal, l'eau gélifiée pour les médocs.
Le déjeuner, ça marche, mais je suis obligée de faire manger Maman avant de me mettre à table, à cause de la station debout. J'ai un pb de convivialité : Papa depuis toujours souhaite qu'on donne à Maman ses repas "à part", j'ai vaillamment résisté contre jusqu'ici, mais ça en prend le chemin, vu que Maman a besoin d'une attention à temps plein et ne s'intéresse plus du tout à la conversation, ayant la plupart du temps les yeux fermés. Mais ça peut être trompeur. Le fait est que parfois, elle a une présence d'esprit extraordinaire.
LE SOIR. Maman est restée sur son lit tout le temps et comme il pleuviotte je n'avais pas d'argument, je n'ai même pas été cueillir les fleurs à vélo, comme j'avais projeté.
Installation de la perf pour 4 jours, mais une bouteille par nuit, et le jour, on bouche et on enlève le tuyau. Après l'opération des Hadettes, Maman est tellement épuisée qu'elle ne répond même pas quand je lui apporte sa soupe au lit et donc, rien à faire, même en revenant à la charge, elle n'a rien pris, même les médocs.
J'ai passé la tête deux fois la nuit, la deuxième fois, le flacon était déja vide, j'ai donc fermé le tuyau comme on m'a dit. Maman dormait bien, paisiblement, avec bonne mine, ça m'a calmée.
JEUDI MATIN. Les Hadettes ne sont pas là avant 8H 45, je donne les fruits et les médocs au lit. Quand Maman vient à table, elle a l'air un peu réveillée et le petit-déjeuner passe bien, sauf la tartine dont elle ne veut plus. Je vais essayer la blédine demain.
Pareil pour le temps, la pluie menace mais quand je propose une balade, c'est accepté avec enthousiasme, mais Papa se lève de devant la télé où il s'allonge tout le temps (je ne lui dis plus d'aller s'allonger dans sa chambre, je crois qu'il aime "marquer" son territoire de cette façon...)et s'empare du fauteuil. Quand je vais le retrouver un peu plus tard,il pousse Maman devant la maison et me dit : "on dirait le vice qui s'appuie sur le crime", et comme je remarque, un peu sèchement, que je ne vois pas le rapport, que ni la vieillesse n'est un vice, ni la maladie un crime, il dit "D'accord, mais ça y ressemble, qu'est-ce qu'on a fait pour mériter ça, d'être des déchets etc."
Bon, je vous fais grâce de la conversation à table, où il y a eu des moments agréables, c'est quand il raconte des anecdotes que je connais par coeur.
Là, c'est l'heure de la sieste, Maman a mangé un yaourt et de ma compote, elle n'a pas voulu du plat de résistance, à base de poisson.
Ce café de la gare est sympa, dommage que je n'aie pas le temps de participer à la conversation du comptoir, c'est plus vivant que chez nous. Mais à midi, il y a eu un coup de téléphone de mes hommes, les quatre réunis au bistot habituel à la Défense, où travaillent maintenant deux d'entre eux. gentil d'avoir pensé à moi et de m'avoir envoyé une photo.A plus tard.