LE SOIR. Mauvaise après-midi, malgré un temps agréable et la solitude espérée. Le docteur s’est fait attendre, ce qui m’a empêchée de sortir Maman ou de sortir tout court. J’ai fait brûler une compote en essayant de mettre le son pour voir « Juno », film recommandé par François que j’ai regardé avec les sous-titres, sans le son. Le fils Da Maïa heureusement m’a apporté un texte de Platon à lire, mais là-dessus, Papa téléphone qu’il arrive plus tôt, et pendant que je vais à la gare, forcément, Mouton se pointe....
Maman a en effet des problèmes mécaniques de déglutition, la langue se paralyse, le réflexe disparaît. Le grand docteur, grand par la taille, a renouvelé l’ordonnance. Il a aussi ordonné la perfusion pour dix jours. A part ça, que peut-il faire et ce n’est pas un acharné thérapeute, il a dit qu’à la place du docteur de l’hôpital, qui avait diagnostiqué l’embolie, il n’aurait pas ordonné les piqûres.
Papa n’avait rien de spécial à raconter de la messe d’enterrement, vu qu’il n’entend plus les sermons. On se demande pourquoi les églises, fréquentées par des gens âgés, n’ont pas une meilleure sono.
François annonce son arrivée pour demain, 13h.16 à Soissons, c’est donc mon au revoir au blog, qu’il va reprendre de main de maître. J’ai expérimenté, ces jours-ci, que ça fait un bien fou de « raconter » quand on vit des trucs un peu durs.
JEUDI MATIN. Je rédige mon dernier blog sur la table de la salle à manger, mon pique-fleurs a besoin de renouvellement, ça tombe bien, il fait grand soleil, un temps à faire du vélo. Maman tombe de son fauteuil en face de moi, après les efforts communs du petit-déj. Je mets des coussins pour qu’elle reste un peu en position assise. Papa est aux courses, on entend la pendule du salon, qui n’est pas en argent mais en or, « qui dit oui, qui dit non…. », le silence est terrible depuis la disparition du chien. Maman parle de temps en temps, je ne sais pas ce qu’elle dit, elle ne s’adresse à personne. Mais hier, quand je lui ai dit que Papa était à Paris, j’ai compris qu’elle disait : « qu’est-ce qu’il fait à Paris, Papa ? »
Bon, je mets Maman sur son lit, elle coule de son fauteuil malgré les coussins, et je vais cueillir des fleurs. A partir de demain, j’ai mes petits, mais même si je n’avais rien à faire, je pense qu’une dizaine de jours ici, c’est la bonne dose. Heureusement qu’on est « famille nombreuse » et que le petit dernier n’a pas fait naufrage avec son bateau !! Il semble qu’une dizaine de jours, neuf très exactement, cétacé dit la baleine, je me prépare avec joie à revoir le roi des calembours !!
Et je lui conseille de veiller à ne pas dépasser cette limite, ce qui est facile puisque Thierry va revenir et moi, je remonte du midi le 4 nov., jour de l’élection américaine. Je vote Obama, et vous ?