JEUDI SOIR, le 16 Oct. Après l’Hôtel de la Gare, où je fabrique ce blog, il y a eu une belle éclaircie. Du coup, avec Maman, on a fait un grand tour, celui du cimetière, où l’on croise des couples ou des familles qui précèdent la Toussaint en visitant leurs disparus, un bouquet à la main. Ceux que j’ai félicités d’entretenir si bien ce lieu de mémoire, comme on dit aujourd’hui, m’ont dit qu’ils venaient tous les jours et vu leur âge, j’ai pensé au deuil d’un enfant, enfin d’un descendant, je n’ai posé aucune question, soudain intimidée. Il y a bien pire que perdre sa mère, et je remercie le ciel de ne nous envoyer que des malheurs liés à notre condition, normaux, quoi.
Maman n’a pas vu les chevaux, même en ouvrant les yeux, j’ai la certitude qu’elle y voit de moins en moins et c’est ce que m’avait dit Bouboule, à cause de la place occupée par une des tumeurs du cerveau ; perte de la parole et de la vue, c’est programmé.
On a fini l’après-midi sur le banc habituel, d’où on peut guetter l’arrivée des Hadettes, et là, coup de fil de François, très agréable. Je ne sais pas jusqu’où s’arrête son charme parce qu’il a réussi le tour de force d’emménager avec S. dans son galetas, et mieux encore, alors qu’elle pourrait crécher chez des copains qui ont l’électricité, le chauffage et l’eau courante, elle a décidé de continuer son séjour à Paris dans le gourbis où Thomas et Sophie mettaient leurs choses hors d’usage.
Le dîner a lieu au lit pour Maman à cause de la perf. Elle aime bien ma soupe mais ça devient de plus en plus dur de la faire manger, elle n’avale pas ou si paresseusement que la moitié coule sur la serviette. On est condamné aux très petites quantités, ça prend du temps et elle en a marre assez vite. Papa dit qu’elle mange beaucoup avec François, je ne sais pas comment il fait…
Nuit sans histoire, elle dort vraiment quand je passe.
VENDREDI MATIN, le 17Oct. Comme prévu et vu à la télé, très beau soleil, mais il fait frisquet. Marion, sollicitée de m’enlever le fil de la petite opération qui m’a défigurée ces derniers jours, me raconte je ne sais quoi que ce n’est pas possible, et c’est l’aide-soignante qui s’y colle, sinon je pensais le faire moi-même…
Maman ne sourit que sur commande, et ce n’est pas moi qui commande quoi que ce soit, c’est Papa. Il ne s’en occupait pas du tout, ni bonjour ni bonsoir et ça semble s’arranger, il ne m’a pas laissée faire toute seule et il lui tenait même la tête pour le déjeuner. Avec Papa, ça s’arrange en ce sens qu’il devient plus bavard, moins renfermé. J’ai bien fait d’attendre en parlant toute seule. Je lui fais des bons petits plats, du coup.
Chloé m’a remerciée pour la montre depuis Séoul, et Alexandre m’a dit qu’il était avec Papa et Maman. « Comme moi », lui répondis-je.