18h58: Bon, l'heureux anonyme décide de lever l'anonymat. Il aura réussi son effet, mon frère est stupéfait et amusé de découvrir l'auteur. Je le laisse se révéler lui-même:
Maman aussi avait fait la moue. Bon ben tant pis, moi ça m'a fait du bien de l'écrire, il aurait peut être fallu en rester là.
Amusant que Thierry ait pu croire que c'était toi l'auteur. J'ai pas imaginé une seconde que les gens puissent croire que c'était toi. En tous cas c'était pas le but, donc on peut arrêter cette histoire d'anonymat. C'était pour intriguer, pas pour fourvoyer. Tu as mon autorisation officielle pour dévoiler mon identité. Tu peux le faire par petits bouts d'indices successifs chaque jour, ou tout de suite pour crever la poule dans l'oeuf, c'est toi qui vois.
Pour maman et la liberté, elle a réagi comme Thierry, elle s'est pas reconnue. C'est marrant moi j'en démords pas. Par rapport aux autres femmes que je connais je l'ai toujours trouvé étonnamment indépendante et libre, ça a d'ailleurs pas toujours été facile dans leur couple à cause de ça, mais Papa a du l'accepter.
En ce qui concerne Apé et toi, je n'ai que ton blog comme source d'information, mais je trouve que vos relations se normalisent un tout petit peu. Ca ne va sans doute pas changer la face du monde ni effacer le passé, mais bon c'était une impression.
Je t'embrasse,
Félix
18h30: Le mail de Thierry qui croyait que c'était moi l'anonyme:
Salut mon frère !
Toujours accro à ton blog, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt et de plaisir ta ˝Parabole de l’homme qui voulait réussir sa vie˝. Je trouve ce petit texte adroit et sensible. Mais je suis surpris par la place que tu donnes à la liberté dans cette affaire. Des notations comme ˝Il (le deuxième garçon) trouva son équilibre car il était un homme libre˝ ou bien ˝La fille était aussi éprise de liberté que son père et ses frères…˝ ou bien encore ˝Franck et François, deux prénoms symboles de liberté˝ suggèrent que tu vois la liberté comme une chose que nous partagerions et qui fonderait d’une certaine façons nos aventures.
Or, je ne vois pas du tout cela. Pour moi, c’est tout le contraire en fait, même si la valeur ˝liberté˝ est en principe familialement révérée.
Pour Christine et pour moi, c’est une évidence : nous sommes l’un et l’autre étrangement inaptes à la liberté, et nos vies sont des aventures de ˝dépendance˝ et non de ˝liberté˝. Il est inutile que je développe.
Pour toi, c’est moins clair. Tu ne t’es pas révolté, mais tu t’es dérobé à l’emprise familiale, et tu as de cette façon choisi et vécu une ˝liberté˝. Mais il reste qu’à mes yeux, ta ˝liberté˝, dans ce qu’elle a d’idéale, d’ascétique, de tissée de méfiance et de négation, a quelque chose de suspect. Pour moi, elle serait en somme davantage un refus de la dépendance qu’une vraie pleine liberté. Comme si ta ˝liberté˝ chérie, celle que tu as choisie et que tu brandis très haut, probablement trop haut, jusqu’à nous en draper indûment, ta sœur et moi, était aussi marquée, à sa façon particulière, par l’empreinte qui semble nous lier profondément tous les trois, et fonder même notre fraternité : cette insondable peur de vivre de Papa, peur originelle pour ainsi dire, devenue sous nos yeux avec l’âge, horreur de vivre…
???
Thierry
17h30: Maman se lève, un peu perdue après son méga roupillon. On fait des tours autour de la maison parceque l'HAD peut débarquer d'un moment à l'autre. Puis on rentre et je prépare une boisson eau fraises que maman apprécie bien. Interruption par les infirmières qui nous alertent sur la constipation d'une, on est au courant, et sur le défaut d'urine depuis plus de 24h elles nous invitent à contacter le médecin, craignant des problèmes de reins. Thierry fait les appels et on nous dit d'attendre à lundi que ça peut être du à ce qu'elle boit pas assez. Elle finit tout le jus que j'ai fait, deux tasses. J'hésite à mettre du thé qui est diurétique dans mes mixtures.