15h15: Relevailles de sieste, papa qu'a pas dormi, survolté qu'il est part en balade avec Tilou et l'automobile. Nous deux maman on part de notre côté avec le parapluie. En route, ça commence à tomber et je déploie l'accessoire audessus de nous. S'ôter un caillou de la chaussure avec un parapluie en main et un fauteuil roulant qu'on retient par l'arrondi du manche est une expérience de concentration digne d'être vécue. Maman a fourni pas mal en parlote mais vu les circonstances, je m'arrétais pas pour une causette approfondie. Un moment, je lui demande « ça va? » par acquit de conscience. Elle me marmonne une phrase dans laquelle je chope un tout petit « non, ça va pas » et effectivement sa main était sortie de son assemblage de couvrantes et frottait contre la roue. Bon il a pas plu des masses, elle était toute sèche à l'arrivée. Elle demande à boire, alors j'essaye une idée qui m'avait traversé: de mixer un fruit dans de l'eau pour l'épaissir. Pêche eau, donc. Essai assez concluant mais je crois que j'avais mis un peu trop d'eau, c'était encore un peu dur à avaller. Mais l'intéressée a apprécié, trouvant que ça désaltérait mieux que la purée de fruits. Après, elle nous part dans un accès d'optimisme surprenant. Son regard tout vif, on devait parler de sa main ou quoi, elle me dit affirmative: « Je vais mieux! » Moi, devant son regard et comme elle est en forme, j'acquiesse. Après elle se marmonne un petit monologue dont la conclusion est: « Ca y est, maintenant c'est fini, ils m'embêteront plus avec des examens » Alors j'acquiesse aussi que je pense aussi qu'en effet ils l'embêteront plus avec des examens. Un plus tard, du haut de sa santé retrouvée et en pleine émancipation, elle balance: « Et le monsieur qui me fait la main, il sert à rien... C'est comme les psychologues... Ca ça devait être pour mon rendez-vous, toc! au passage. Pour le kiné, je lui répond que si, pour moi il est très utile, que sans lui elle aurait la main raide comme un bout de bois et que d'ailleurs elle fait bien de m'y faire penser et on fait des mouvements. Ensuite je vais chercher mon ordi pour bloguer peinard à côté d'elle, elle dit: « Oh tiens, je regarderais bien un film. » Je lui mets les demoiselles de Rochefort et je prends des notes sur papier pour plus tard maintenant. L'épisode suivant est un épisode papa qui me sort deux trois banderilles qui me sont sorties de l'esprit puis conclut par: « Il faudra penser à demander au médecin, si elle devient démente, on peut pas la garder à la maison. » Là je me suis un peu lâché: « Si tu veux geindre, déprimer, te plaindre et déprimer l'entourage, tu téléphones à la psy et tu me lâches la grappe! » A quoi il est parti en marmonnant qu'il avait oublié, qu'il fallait pas dire ce qu'on pense, qu'il s'excuse. Pour revenir dix minutes plus tard dire que pour vivre ensemble il fallait quand-même se parler et qu'il y ait une bonne entente. A quoi je lui dis qu'à mon sens dans un bateau en problème il faut prendre l'eau dedans et la balancer dehors et que lui il la prenait dehors pour la mettre dedans. Alors, qu'il change de sens ou qu'il s'occupe plus des seaux. Ensuite, la vie a repris son cours, diner normal tous les trois à table. Au déjeuner je m'étais laissé déborder et on a mangé tous les trois des tripes patates je me suis rendu compte trop tard que c'était un plat cuisiné salé. J'avais déjà lâché quelque part là dessus, alors je lui ai demandé de m'aider après m'avoir tant tanné dans le mauvais sens. Pour la nuit, y'a quand-même un sacré changement qu'il me laisse son pieu parceque je veux être à côté d'elle si maman demande quelque chose vu que lui attend qu'elle hurle pour se déplacer. C'est pour ça qu'elle est persuadée qu'il a passé la nuit dehors. Je lui ai demandé si elle était jalouse. Non, qu'elle a fait, tout à fait limpide... Comme dabe... Mon oeil... Je lui ai dit aussi que si papa acceptait de divorcer, je voudrais bien l'épouser. Elle a rigolé. Tiens, j'y pensais plus mais c'est peut-être pour ça qu'elle éclatait de rire en le regardant. Va savoir... Enfin, j'aurais fait la performance d'avoir demandé la main de ma mère dans cette vie là. Et c'était que la deuxième demande en mariage de ma vie... Putain, heureusement qu'elle a refusé, l'autre... Pour elle aussi heureusement, bien sur, qu'esse vous voulez dire?...