vendredi 8 août 2008

Un mail de Christine à Thierry qui date déjà de quelques jours, donc:

Bon, puisque le téléphone ne marche pas bien mais que le courant est rétabli, on va faire le point.

Papa a son rythme de croisière par grosses chaleurs et séjour culpabilisant. Il dort beaucoup, il se baigne pas mal, il mange très bien, il fait ses mots croisés et un peu de conversation, son point d'honneur étant de déranger le moins possible !! Son autisme à la fois naturel et convenu me serait dur à supporter si nous étions seuls mais avec les autres, qui ne s'offusquent de rien à cet égard, au contraire, c'est parfait. Il est dans sa chambre quand il veut, au salon et à la piscine seul ou en compagnie selon ses humeurs, il n'y a que les heures de repas qui lui sont dictées, et il s'en arrange fort bien, c'est le moment de la conversation, et comme il a lu le Figaro qu'on est allé acheter ensemble au centre commercial d'Opio, il y a des sujets tout prêts.

Le matin, je me lève pour faire le petit déjeuner, mais comme il est très matinal, soit il se précipite sur son café et il a fini sa tartine quand j'entame la mienne, et alors, il se lève et m'annonce qu'il va faire sa toilette, soit il a déjà fini, comme ce matin, mais il en a marre d'être seul et de se demander quand la maison va s'éveiller et c'est alors que nous avons eu l'occasion d'une vraie conversation au sujet de Maman.

En résumé, il me dit qu'il n'a pas envie de retrouver son enfer, alors j'en profite pour lui dire que depuis que Maman est "malade" selon Broca, il y a eu deux périodes, une où il a trouvé une sorte de bonheur à s'occuper d'elle, et la seconde, où il a vite connu ses limites, quand elle est devenue paralysée et de ce fait incontinente. Je l'ai rassuré autant que j'ai pu sur ses sentiments d'alors, les médecins eux-mêmes se sont alarmés qu'il soit alors en charge d'elle et c'est ainsi que nous sommes venus à la rescouse. Quant au fait qui l'a opposé à nous, là aussi, nous avons compris rétrospectivement qu'il ne pouvait assumer ce désastre et que si nous refusions en bloc la solution des "Gloriettes", c'était à nous de prendre en charge Maman. J'ai dit qu'il y avait des volontés opposées, d'où les querelles larvées ou actives, mais que depuis le scanner du mois de Juin et la confirmation par l'IRM, cette période était terminée. Là, il m'a dit qu'il avait déjà compris qu'il s'agissait d'un cancer, mais que personne ne pouvait lui dire combien de temps....

Je confirme que personne... mais je précise que Maman n'est pas du tout dans la situation de sa mère, que sa fameuse "démence sénile" n'aura pas raison d'elle, qu'elle est toujours la femme qui a traversé la ligne d'occupation pour le rejoindre et se faire épouser de gré ou de force, "plutôt de force", précise-t-il, bref, que Maman mourra de ce cancer qui a déja endommagé son système, qu'il ne s'agit pas d'années mais de mois. Il me dit que je n'en sais rien, alors je lui dis de poser les questions à ceux qui en savent plus que moi, toi, qui as vu les toubibs et les toubibs eux-mêmes. Je lui ai dit aussi que ces gens-là ne disent rien si on ne leur demande rien, mais répondent aux questions. Je lui ai dit, ce qu'il sait, qu'il pouvait avoir une totale confiance en toi pour le médical.

Sa réaction, si je puis dire, parce qu'il n'en a pour ainsi dire pas eue, a été de dire : "il faut que je veille sur ma santé, qui m'inquiète, tellement je me sens faible"; Je lui ai fait remarquer qu'il tenait donc à la vie et il m'a dit qu'en effet, nous serions mal s'il devenait dépendant comme Maman. Ce qui m'a frappée, c'est qu'il se pose,face à nous sur le même plan qu'elle au lieu d'être de notre côté face à elle. Sa faiblesse est immense, il faut tenir compte de ce fait !!

Là-dessus, la journée se passe bien et la soirée est extraordinairement belle à regarder Matteo faire le fou dans l'herbe, mais le remords le ronge, et il re-décide de partir Jeudi... On verra ce qu'il en sera demain matin...

Je t'embrasse. Ch.