12h30: Je réveille maman fatiguée mais qui veut venir à table. Là, comme tout arrive à qui sait entendre, c'est le vrai repas de famille retrouvé. Super, le gueuleton. D'abord melon, histoire que ça se voye pas trop d'entrée, comment que ça va pas être pareil. Ensuite, comme la bidoche sur le grill dehors tarde un peu, j'ammène une spécialité à moi, des haricots ratés-réussis. En fait, c'est des zaricots verts surgelés que chaque fois que je lis le mode d'emploi c'est trop tard, je les ai mis dans la poêle alors qu'il aurait fallu les bouillir, chaque fois je me dis que je m'en tape et puis ça m'est déjà arrivé, c'était pas pire et chaque fois c'est super bon total. Voilà. Après, la bidoche à papa, nickel tip top. De très bons moments. Papa chante des chansons d'Aristide Bruant, raconte des trucs des temps jadis, tout bien. Et un dessert de chez surgelé mais classieux et bon. J'en ai pris deux fois, et maman aussi. Café, juste ce qu'il faut de fausse route et sieste, c'est la moindre des choses. J'ai demandé à maman si ça lui avait plu, le premier repas de famille retrouvée, elle a dit oui. A moi aussi, logistiquement, papa allège quand-même bien la tâche et la qualité de sa quête de nourriture de mâle dominant est supérieure à la mienne. Je dois bien reconnaitre que les mammouths qu'il capture ont meilleur goût que les miens.
10h00: Discution avec papa assez à coeur ouvert et assez sereine. Papa: -Te rends tu compte que ça fait 63 ans que je partage le même lit que ta mère? -Non, pas vraiment, et ça fait quoi? -Je suis déchiré, Je voudrais qu'elle meure pour elle et je ne le veux pas non plus, elle est devenue une partie de moi-même. Je lui raconte l'échange de ce matin avec maman sur mourir dans la dignité, en fait et lui dis qu'il n'y a pas vraiment de déchirement, qu'on est d'accord puisqu'elle le veut aussi, qu'on est juste bloqués par la loi qui nous mettrait au gnouf en cas qu'on s'en mêle. Je me rends compte maintenant que j'étais pas sur le même sujet à ce moment là. Mais aussi, je lui ai dit que je comptais aller voir un psy du réseau Cecilia et que s'il existe de ces groupes de paroles dont ils parlent dans leur dépliant, je suis très intéressé. Il m'a regardé avec des grands yeux ronds et on verra où ça va dans lui. Il m'a commencé un couplet qu'il devient fou ici qu'il comprend pourquoi Christine l'a emmené chez elle, qu'il est trop symbiosé avec maman pour ne pas être déchiré et je lui ai répondu sans aucune notion de reproche qu'il semblait pourtant avoir de la ressource dans cette direction là vu qu'il n'allait la voir qu quand il en avait envie et était capable de diner de son côté si ça lui pétait comme ça. Aussi, il m'a raconté qu'un soir il est allé l'embrasser, qu'elle a ouvert les yeux et lui a dit: « Merci. » Je lui dis que voilà, c'est ces moments là qui peuvent nous regonfler pour les moments durs, que ce sont de pures merveilles de beauté. Il me répond: « C'est beau mais c'est atroce. » Alors je lui dis que c'est lui qui mets ce mot là à cet endroit là, que je trouve que c'est dommage, le dur peut être assez dur comme ça sans abimer le beau. On a du en rester à peu près là.