samedi 15 novembre 2008

L'enterrement, on est passés par l'église catholique, vu qu'une partie de la famille s'adonne à ça. Ca permet de se rappeler qu'une de leurs inombrables tactiques de shadocks est d'être plus chiants que la mort et comme pour tout ce qui s'opose aux plus élémentaires principes de prophylaxie mentale, ils y excellent. Heureusement j'ai trouvé l'église très jolie et heureusement ma soeur et Félix son fils ont fait des speech sur maman en français qui nous ont changé des phrases moulées en plâtre. Je ci-jointe:


Christine: Je vous envoie le discours de Félix. Deux erreurs à mes yeux: d'abord, même sans la foi, Maman n'aurait pas trouvée "incongrue" une messe d'enterrement, qualifiée par le banquier de "réunion", ensuite, elle avait le culte de la personnalité !!


Félix: Ma grand-mère, Amé, était une femme qui n'aimait pas se mettre en avant. Si elle pouvait s'exprimer aujourd'hui, elle trouverait sans doute notre réunion ici incongrue. Je l'imagine presque nous dire à tous d'un ton surpris et un peu agacé "mais vous n'avez rien de mieux à faire ?". Pourtant, comme l'a dit Maman (ma Maman à moi), c'était une femme de caractère, qui ne manquait pas de personnalité et de courage pour défendre ses principes. Elle n'aurait pas accepté d'être considérée comme une héroïne car elle avait en horreur le culte de la personnalité, mais elle en avait sans doute le courage et la force d'âme.

Un petit détail m'a beaucoup marqué dans mon enfance. Petit, je détestais les soupes de légumes (c'est encore le cas aujourd'hui). Mon père qui a lui aussi une force de caractère peu commune, s'était mis en tête de ne pas tenir compte de cette aversion, ce qui déclenchait à chaque dîner des scènes dont nos voisins se souviennent sans doute encore aujourd'hui. Personne, même ma mère, n'avait jamais osé intervenir dans ces duels de mâles, que je perdais toujours, mais jamais sans vendre chèrement ma peau.

Personne...sauf Amé. Un jour, au Translon, alors que l'habituelle scène de cris battait son plein devant un public familial résigné, elle s'est levée, tout simplement, a pris mon assiette de soupe, et a déclaré calmement : "tant que je serai là, cet enfant ne mangera plus de soupe ici." Cela n'a l'air de rien, mais aux yeux du petit garçon que j'étais, il fallait être une héroïne pour oser faire ça à mon père. Aujoud'hui, tu n'es plus là pour me défendre, Amé, mais tu nous as transmis beaucoup plus que tu ne l'imagines : tes valeurs, ton courage, ton goût pour les bonnes manières, et ta joie de vivre simplement, au service du bonheur des autres. Et je t'en remercie.

Mais comme tu n'aimes pas être au centre de l'attention, je sais que tu apprécierais que je souligne que d'autres que toi méritent aussi nos remerciements et notre admiration aujourd'hui. Ce sont tes enfants, Christine, Thierry et François, qui se sont relayés et dévoués à tes côtés et à ceux de ton mari, jour après jour, nuit après nuit, repas après repas, pendant de longs mois, jusqu'aux limites de l'épuisement moral et physique, pour te permettre de mourir chez toi, entourée des tiens, et dans la dignité. Ce cadeau là est le plus beau et le plus admirable hommage que tes enfants pouvaient te faire, et Dieu sait qu'il leur a fallu du courage et de l'amour pour te l'offrir. Je sais que tu es fière d'eux. Moi aussi. (13 Nov. 2008)




Voici le texte que Christine a lu à la messe d'enterrement:



MAMAN

Nous sommes venus dire adieu à « Claude Franck Mignon », c’est ainsi qu’elle déclinait son identité et signait. Elle m’appelait « Mignonne », je l’appelais « Maman ». Son corps martyrisé par la maladie va être enseveli aujourd’hui. Je voudrais dire quelques mots sur son âme, parce que c’est surtout elle, l’âme qu’on croit invisible, et qu’on accuse parfois d’être une illusion, qui est présente ici. Pas seulement du fait que nous nous trouvons dans une église, mais parce que les personnes dans cette assemblée qui ont bien connu cette femme, qu’ils l’aient appelée « Coco », Maman, Amé, Madame Mignon ou Claude, ont eu affaire à sa force d’âme, à une âme d’une force peu commune.

Claude Senart, épouse Mignon, a vécu à la fois énergiquement et modestement. Elle était vivante et gaie, mais toute en retenue ; même « pompette », une expression à elle, elle n’a jamais osé plus que des fou- rires. Elle connaissait parfaitement les usages du monde et nous aimions la questionner sur les règles du « bien vivre ». Je crois que si elle était non seulement« bien élevée » mais désireuse de l’être et de nous transmettre quelques principes de base, c’était par le souci, permanent chez elle, de ne pas offusquer les autres, au contraire, de les mettre à l’aise. Son souci d’élégance ne se concevait que moral, et c’est pour cela qu’elle ne racontait pas de blague tout en ayant le sens et le goût de l’humour. Elle aimait rire, les hommes de la famille ont toujours su la faire rire aux éclats.

Elle fut une inlassable amoureuse de son mari, elle a adoré son rôle de très jeune mère en temps de guerre. Son courage, son adresse et sa débrouillardise ont tissé pour mon père des souvenirs de bonheur. Quand il a fallu travailler, elle a été une secrétaire d’avocat très efficace, dévouée à Papa et à nous, rapide en besogne, infatigable. Elle tenait les comptes, tapait à la machine, tricotait, cousait, assurait les courses, les repas, aidée quelque temps par des personnes à l’égard desquelles elle éprouvait les mêmes sentiments et usait des mêmes égards que si elles avaient fait partie de la famille. Mais elle préférait de loin s’occuper elle-même de tout ; l’idée d’être servie lui causait de la gêne et elle parlait des « riches » avec un ton d’hostilité qui lui venait non de la distance mais de la trop grande proximité où elle avait été de ces gens-là. Quand mon frère Thierry et moi, nous sommes devenus jeune homme et jeune fille, elle a réussi à recharger son emploi du temps en nous donnant un petit frère. Elle a été profondément heureuse de cette maternité. Nous avons eu aussi une chienne et quand elle disparut, une autre, plus grande, plus affamée de promenades, et ainsi de suite jusqu’à la naissance des petits-enfants grâce auxquels elle put, jeune encore, renouveler ses efforts et ses joies, tout en renouvelant aussi le chien, dont la vie est trop courte mais qui, quelle que soit sa race, n’aurait pas échangé sa vie chez nous contre une vie de centenaire ailleurs. C’est à cette époque que nous sommes devenues très amies.

J’ai éprouvé cette « sympathie » spéciale quand, à l’été 1972, j’ai récupéré en Guadeloupe mon deuxième fils, alors âgé de deux ans, qui lui avait été confié pendant deux à trois semaines. L’enfant m’était ramené par une amie. Je revois son regard, quand je l’ai posé devant moi pour le contempler, regard un peu perdu : « où elle est Amé ? » D’un coup, je n’ai plus été moi, la mère qui retrouve son enfant, j’étais ce petit, qui s’était cramponné à sa grand-mère à Roissy, qui ne voulait pas la quitter et surtout, j’étais elle, ma mère, brisée par cette séparation. A la place de ma joie, j’éprouvais son chagrin.

Maman a été une grand-mère éprise de justice, aimant nourrir, cajoler, aider les petits à grandir. Mes parents aimaient tous deux l’effort physique. Au Translon, il y eut d’innombrables parties de tennis, d’innombrables promenades à pied, d’innombrables tablées du Dimanche avec d’énormes pizzas qui ne ressemblaient pas du tout à celles du commerce, ni à aucune autre d’ailleurs.

De quoi donner des souvenirs d’enfance aux petits Parisiens, qui ont manié le tracteur, construit des cabanes et se sont retrouvés entre cousins. Je garde de cette époque le souvenir d’une jeunesse répartie sur trois générations, cela donne l’impression fausse mais forte que le temps n’a pas de prise. Les moments de bonheur ont un goût d’éternité.

Nous les devions, ces moments, à son ardeur au travail, elle faisait tout sans l’aide de personne, on se mettait les pieds sous la table. A eux deux, avec Papa, ils entretenaient une propriété vaste à l’intérieur et à l’extérieur. Quand ils la quittèrent pour venir à Vauxbuin, les enfants étaient des hommes et des femmes, mais ils sont venus pour les grandes occasions, le jour de l’an, des anniversaires, la présentation de leurs bébés ; elle connut huit petits arrière petits enfants. Elle tricotait des brassières inusables.

Qu’est-ce que cela a à voir avec la force d’âme ? Elle-même aurait dit : « rien du tout, je fais mon travail », et elle ne s’est jamais glorifiée de rien. C’est précisément cette modestie pure, sans affectation, son indifférence à la vanité, au snobisme, son absence d’hésitation concernant les valeurs qui orientaient sa conduite vers le bien-être des autres, sa fidélité à elle-même sans jamais quêter l’approbation, qui ont fait son style, pour moi inimitable, et sa grandeur d’âme. S’étant une fois pour toutes, puisqu’on ne lui avait pas fait faire d’études, vouée aux tâches domestiques, elle était tellement solide dans ses choix qu’il ne lui est jamais venu à l’esprit d’envier le sort de qui que ce soit. Elle avait un fond de misogynie qui devait venir de loin, de son enfance, et méprisait les « bonnes femmes ambitieuses ». Sœur Emmanuelle, oui. Mais une bonne femme ministre de la défense !! Elle me prenait à témoin. Moi, avec une belle-fille féministe dont je partageais beaucoup de points de vue, j’étais prise entre deux feux.

Elle aimait Papa, elle admirait tout en lui, même ses défauts. Préférant toujours les hommes aux femmes, l’admiration qu’elle vouait à certains lui était une source intarissable de plaisir. Mais elle avait une exigence de justice si fortement ancrée qu’elle a su admirer tout de même les deux ou trois femmes qu’elle a profondément aimées : Tcheki Cabaud et Marguerite Lorain, disparues avant elle. Simplement, sa manière d’aimer était plus de style admiratif que consolateur.

Je crois que c’est une clé pour comprendre Claude, cette capacité d’admiration, dont l’ingrédient principal n’était pas l’étonnement mais le désir de dévouement et de foi jurée qui caractérisait son âme. Elle a eu une enfance malheureuse. Confiée trop souvent dans sa petite enfance à une grand-mère fort riche, injuste par principe et un brin sadique, que nous avons haie de confiance sous le nom de « Mémé », elle a surtout connu, à l’âge de 12 ans, le malheur de perdre son père adoré. Dans les derniers mois, Maman reparlait souvent de cette tragédie familiale, c’était le regret de sa vie, que tout ait basculé faute de la présence intelligente et charmante de ce père de conte de fées. Le choix qu’elle a fait ensuite, comme pour en finir au plus vite avec l’enfance et la dépendance maternelle, de tomber amoureuse à mort et pour la vie d’un jeune homme aussi jeune qu’elle, encore plus inexpérimenté et qui venait de commencer des études de droit, aurait pu être catastrophique, avait toutes les apparences d’une erreur aux yeux même du principal intéressé, qui donnait l’impression de s’être fait harponner, Papa. Surtout qu’en pleine guerre, le jour même où la ligne de démarcation entre zone occupée et zone libre fut abolie, le jeune couple inexpérimenté devint parental : on avait à la maison, Quai des Orfèvres, une moyenne d’âge de 11ans, mes parents, mon frère jumeau et moi.

Mais non, ce ne fut ni un échec, ni une malchance. Nos débuts dans la vie tout court ont coïncidé avec les débuts dans la vie adulte de nos jeunes parents, et ces débuts, grâce à la force de vouloir et d’aimer de Claude, même dans des temps difficiles, ont été du bonheur, et je remercie Maman de cela, de nous avoir donné, avec Papa, ce dont elle a été privée, une petite enfance, puis une enfance très heureuses.

Je parle ici à des personnes qui ont connu Claude ou Madame Mignon, à un âge mûr, puis très mûr, arpentant avec ses chiens la forêt de Retz dans tous les sens et par tous les temps. Puis, avec le troisième millénaire, est venu le temps où elle se perdait dans cette forêt qu’elle connaissait par cœur, où elle était moins adroite dans ses tricots et dans sa cuisine, où certaines tâches pourtant habituelles devenaient risquées. Elle continuait ses ouvrages devant la télé, là où elle avait réalisé des kilomètres carrés de tapisserie, mais elle ne suivait plus les films, se désintéressait de l’actualité. C’est à ce moment-là qu’elle s’est révélée toute entière, cette force d’âme qui se dissimulait derrière une heureuse routine. Du moment où elle s’est rendu compte qu’elle « devenait idiote », selon sa propre expression, tout en gardant sa lucidité, elle n’a jamais émis la moindre remarque ou plainte qui aurait pu nous mettre mal à l’aise, elle s’est faite encore plus gentille et plus discrète, plus admirative de son homme que jamais, maintenant que c’était son tour à lui de prendre la maison en charge. Nous qui nous documentions sur sa maladie, nous doutions parfois qu’elle fût malade, tant son calme, sa discrétion et sa débrouillardise donnaient le change. Papa l’accompagnait dans ses promenades, il lui arrivait encore d’être heureuse.

La fin de vie de Maman, due à un cancer d’origine inconnue, a été à la fois brutale et longue. Plus son corps lui est devenu une prison, mieux son âme intrépide et forte s’est manifestée, aussi bien aux infirmières et aides-soignantes, avec lesquelles il lui arrivait de rire, qu’à nous ses enfants, et particulièrement à l’enfant prodigue, François, qui s’était éloigné pour mieux revenir lui témoigner un amour pas ordinaire. Mère et fils ont connu des moments merveilleux que les internautes ont pu partager grâce à un « blog » d’une grâce et d’une poésie elles aussi sortant de l’ordinaire. Nous avons tous reçu de Maman d’inoubliables leçons de vie. L’élégance morale de cette décidément « grande dame » nous rend la séparation difficile ; en même temps, cette grandeur dans l’humilité a une dimension spirituelle et plaide en faveur de l’immortalité de l’âme, et donc d’un espoir de salut.

Je voudrais terminer en rendant aussi hommage à Papa. Maman n’aimerait pas que j’oublie de dire que sans lui, elle n’avait de goût à rien, et que leur plus incontestable réussite, c’est leur amour partagé.

vendredi 7 novembre 2008

10h00: Depuis le passage des infirmières qui ont confirmé qu'elle est en train de passer doucement, maman a eu une respiration assez pénible puis presque plus rien, qu'un léger mouvement dans la gorge de moin en loin et puis plus rien qu'on a reconnu qu'elle était passée. On a averti le docteur qu'a fait l'acte de décès et papa est parti voir les pompes funèbres.

jeudi 6 novembre 2008

19h30: Soupe, boudin aux pommes. Plus très faim après le boudin. Film le condor avec Robert Redford, trois étoiles dans le journal, nul à chier.


18h00: Au passage des HADettes, elles nous signalent que maman n'ayant pas uriné depuis trois jours, ses reins ne doivent plus fonctionner et que comme c'est une fonction vitale, il ne devrait plus y en avoir pour très longtemps.


14h45: J'arrive par un train qu'avait échappé à la grève. Maman est encore plus squeletique et absente. Papa et Christine vont faire un tour. Quand ils reviennent, je pars à Cora, tout frais sorti de la douche et je nous procure du boudin pour aller avec les pommes qu'avait cuites ma soeur. Comme trois boudins ça me paraît chiche, j'en prend sept.

MERCREDI 05 NOV. La grève annoncée de la SNCF, ce n’était pas pour aujourd’hui mais pour demain, raison de plus pour venir assez vite à Vauxbuin, où Papa se trouve seul, volontairement, depuis que Maman est dans un semi-coma et qu’il n’y a plus rien à « faire ».

D’une part, j’échappe à un blocage de circulation, je suis arrivée ; d’autre part, et c’est le plus motivant, après m’avoir dit au téléphone de ne pas me presser, Papa semble au contraire, d’après Thierry, souhaiter mon arrivée. Il n’y a plus à s’occuper de Maman, nourrie par une perfusion, calmée par des patches de morphine, et ne bougeant plus sur son lit anti-escarres… mais la solitude n’est « bonne » que comme un soulagement, c’est-à-dire très provisoire, et Papa angoisse à côté de cette agonie qui n’en finit pas. Son nouveau soulagement, cette fois de n’être plus seul, est visible et me récompense d’être venue sans tarder.

Les retrouvailles avec la mort de Maman sont difficiles mais moins que je le craignais, à cause de l’accueil de Papa, mais surtout des réserves de vie, de vitalité, de bonheur même que je ramène de Châteauneuf, où mes petits monstres m’ont fatiguée physiquement en me réparant moralement. Maman a un masque mortuaire mais respire presque paisiblement. Le « presque » me fait souci, je prends les instructions de Thierry au téléphone, il s’agit de tout faire pour qu’elle ne puisse pas souffrir, et je comprends que c’est à nous qu’incombe de donner les soins palliatifs. Le « réseau Cécilia » de Soissons, c’est du pipeau, ils nous laissent complètement tomber. Il faut arracher des ordonnances au grand docteur (par la taille), et ensuite au pharmacien les doses de morphine, c’est très surveillé, tout ça.

Heureusement, jusqu’au bout, on aura les Hadettes. J’ai revu avec plaisir Marion et Sabrina, on a discuté de la douleur, moi préoccupée de celle de Maman et elles de la mienne et de celle de Papa. Elles conseillent de faire quelque chose, mais du côté de « Cécilia », je leur dis qu’il n’y a rien à attendre, elles reparlent de cet infirmier que connaît Papa, et qui pourrait être utile. Moi, je leur dis que je n’irai consulter personne, vu qu’il est normal et de perdre sa mère à mon âge et d’en ressentir du chagrin, quelque soit l’âge…Et, en plus, j’ai plein de jeunes pour m’occuper l’esprit.

Présentement, pour s’occuper l’esprit de choses positives, on a « la nouvelle Amérique » du président Obama. Grâce à cela, non seulement, on retrouve l’espoir, mais Papa arrive à sortir de son chagrin et suit les infos et débats avec une attention soutenue et du plaisir !! Quand il va se coucher, j’ai deux films devant moi, le premier « le candidat » de Pollak, en VO, avec Robert Redford, d’actualité puisqu’il s’agit de la campagne d’un candidat improbable et démocrate aux élections sénatoriales. Redford est aussi blond que le vrai d’aujourd’hui est brun, mais il y a des ressemblances troublantes, ils sont trop sexy tous les deux !!

JEUDI O6 NOV. Ciel de saison, brume matinale, il pleut moins que dans le sud !! Papa, probablement réconforté par ma présence a fait le tour du cadran et est de bonne humeur. Les Hadettes font gémir maman, les manipulations restent douloureuses, je compte en parler au toubib demain.

On fait les courses ensemble avec Papa, ça me permet d’aller chez ED et d’improviser. Le déjeuner plaît bien, François annonce sa visite pour après le déjeuner, Thierry prévient que l’infirmier secourable va téléphoner pour annoncer la sienne. Je vais donc envoyer mon « blogue » tout de suite, en espérant que François prendra la relève. Mais c’est vrai qu’en l’absence de Maman, on n’a plus grand-chose à dire.

mercredi 29 octobre 2008

09h00: Bon, hier soir déjà, ça avait pas marché, on nous avait pas prévenus 15min avant passage pour appliquer la sucette à morphine, ce matin c'est pareil. Isabelle décide de la mettre et de commencer par un quart d'heure de soins sans trop de manipulations. Au bout du compte, ça a pas l'air de changer grand-chose, maman est toujours douloureuse. Du coup, on décide de lui laisser la sucette et en fait d'un quart d'heure, au bout d'une heure, le truc a peut-être fondu de moitié. Elle ne gémit plus. Donc comment ça marche, ça correspond pas à ce qui est écrit, pour aider encore à la gestion bien merdique de ce truc. Thierry arrive au train de 9h38 avec plein d'idées sur l'organisation qu'il va pouvoir éprouver sur le terrain avec les toubibs du cru.

mardi 28 octobre 2008

14h30: Passage d'Isabelle et Marion. On parle du nouveau médoc, de la morphine à appliquer par la bouche, un genre sucette à faire fondre 15 minutes avant de la manipuler. Du coup c'est sur nous que ça retombe, brumiser la bouche et laisser fondre la sucette dans le fond de la joue. Ah oui, tremper dans de l'eau juste avant de le mettre, ça aide, dit Marion. Elles appelleront un cardeur avant d'arriver pour qu'on fasse ça quand il faut. Ben on manquait de galères ça genre, justement, pour se sentir dans le coup, ça tombe nickel.

10h00: Au réseau Cecilia, je tombe comme une fleur sur ma psy à moi qui éplorée me sangote: « Où es tu? que fais tu? Il y a si longtemps, viens grand fou, je t'attends! » Donc je me précipite, ça avait l'air urgent. Bon, une fois là-bas c'était pas vraiment si grave que ça, d'ailleurs l'urgence s'était déplacée, mais on m'a indiqué les toilettes après quoi tout est redevenu à peu près correct et l'existence a pu reprendre son cours serein entre gens de bonne compagnie sachant se tenir. En infos, pour papa qui pense donc rester à Vauxbuin après le décès de maman, c'est aussi ce que recommande le réseau Cecilia, dans ces situations, de rester genre un an dans la maison. Je sais plus si ça aide à faire son deuil ou quoi, mais un truc comme ça genre... Pour la communication avec maman, on peut lui parler, la masser, être attentifs pour choper les moments où elle pourrait être plus présente. Tiens, oui, pendant que j'étais en rendez-vous, donc, avec mes bouts de cervelle étalés sur la table et nous qui trions péniblement à l'aide de molles pinces fluos et de petits tampons d'ouate vivants mais très peu sensibles, papa s'est invité sur le portable que j'avais laissé allumé, pour ça justement. Il demandait que je demande ce qu'on pouvait faire pour maman qui gémit à côté de lui. Je pose la question donc à Anne psy et puis, galant, je réponds à sa place qu'il peut essayer d'établir un dialogue où elle n'a qu'à répondre que par oui où non, qu'il peut la masser etc. Il raccroche sur ces bonnes paroles et nous on retourne à notre puzzle, sauf qu'évidemment on se rappelait plus où on avait pris quoi, que les petites bêtes ouatées étaient devenues hyperspides, que toutes les couleurs avaient changé de place et que l'immense bien-être qui m'envahissait semblait paniquer totalement ma docteur. On a tout remis dans la boîte et je suis reparti comme ça mais j'ai encore mordu personne... C'est dommage.

08h00: Arrivée d'Isabelle et Aurélie. Comme on n'a pas pu avoir le médicament qui doit arriver aujourd'hui, maman gémit à être manipulée pour la toilette. Les infirmières lui parlent et ont le contact avec elle. Elles lui demandent d'ouvrir la bouche pour les soins et elle comprend. Aurélie lui parle et elle essaye de répondre. Isabelle lui demande si elle a mal et elle répond par une mimique très explicite dont le sens est: « Ca pourrait aller mieux, mais ça va. » Je m'en autoquestionne sur notre rôle d'accompagnants là dedans. Bon, il y a toujours les petits massages, mais faut-il chercher à établir un contact oral? Je perplexise à souhait. Elle est tellement tranquille dans sa somnolence... Peut-être j'appellerai le réseau Cecilia voir s'ils ont des idées là-dessus. Hier j'ai reçu par le courrier mon film Juno que me renvoyait ma soeur. Elle l'avait mis dans une envellope comme Vincent il fait d'une belle photo récupérée dans un magazine, avec un timbre trop classe, et en plus, un collage d'un cerf découpé en plus. Je savais pas qu'elle faisait ça ma soeur. Et j'étais sacrément surpris d'avoir du courrier, d'ailleurs j'ai encore oublié d'en parler à papa qui a fait facteur en cette occurence. Comme critique, ma soeur écrit que: Oui, ça finit gentiment, le film, mais c'est une histoire assez triste quand même, dont toute la grâce repose sur l'habileté du casting et du filmage. Je sais pas si elle est au courant qu'il y a eu une douzaine de gamines d'une même classe qui se sont retrouvées enceintes ensemble délibérément après avoir vu le film.

lundi 27 octobre 2008

11h45: Retour des courses, le docteur est là. Il n'augmente pas les doses de patch mais prescrit un truc qui se met sous la langue avec de l'eau pulvérisée dans la bouche et agit le temps de la manipulation. Actiq 200, il semble que ça s'appelle. Il craint qu'un excès de morphine entraine un manque respiratoire qui ferait une mort angoissante pour maman. Le coup de dans la bouche évite une piqure. Pour les délais à quoi s'attendre, on peut rien savoir.


08h15: Leila et Aurélie passent. Trouvent maman douloureuse quand elles la manipulent aussi et se chargent donc d'appeler le médecin qui doit passer en fin de matinée. Je masse un peu maman et Mme DM s'y met aussi ensuite jusqu'à bien blanchir les mains cyanosées.

dimanche 26 octobre 2008

19h15: Il s'avère que d'après Sylviane, nous sommes en avance pour manger parcequ'il est 18h15. Bon, ça fait que les infirmières ont eu moins de retard que ce qu'on croyait aujourd'hui. Elles passent. Papa se plaint à elles qu'il va mourir avant elle, qu'elle souffre... Elles trouvent aussi qu'elle a mal quand elles le manipulent. Demain il sera demandé une augmentation des doses de morphine au médecin et l'arret des piqures. Je parle à papa ensuite pour voir s'il veut aller aux Gloriettes comme Christine en avait parlé et là il dit qu'elle veut le mettre en maison de retraite mais qu'il se laissera pas faire. Les infirmières nous renseignent pas plus sur la fin de maman, on peut très bien la trouver morte un matin.


16h00: Après que j'aie éteint paniqué sous une soupe qui a bien cuit une heure, papa me convie à une lecture d'un texte à lui en me demandant si il pouvait l'envoyer aux gens concernés. Lecture faite, je me déclare incompétent. Je lui ai remis l'alliance de maman que j'ai enlevée après avoir demandé à tout le monde sauf à elle, parce que je crains qu'elle gène si la main gauche se met à gonfler comme la main droite. Comme papa trouve plus la boite à bijoux, on l'a mise dans la boite à cirage à la cave... Euh, non, ça on a abandonné, dans la tringle à rideaux de la chambre qui sert jamais... Ah non, c'était trop petit... Dans la troisième taupinière de la pelouse en partant du saule... Non, c'était trop con... Non, je sais plus du tout où on l'a mis. D'ailleurs c'est vrai, suis-je bête, c'est pas moi qui s'en est occupé. Un peu après on a été voir maman et elle avait les deux yeux ouverts. Je lui ai demandé comment elle se sentait et elle m'a répondu un son qu'avec son expression j'ai interprété comme: « Ca va bien ». Je lui ai refait des massages. Ses bras sont impressionants de maigreur, il n'y a vraiment plus grand-chose sur les os. Je lui ai demandé si elle voulait quelque chose et là, plus de réponse. C'est assez raide d'être à côté d'elle qui se nourrit plus et que ça se soit décidé au téléphone... Bon, c'est pas des trucs à se raconter, sans doute.

12h30: Déjeuner. Je parle à papa d'une étudiante de notre connaissance qui loge chez une handicapée chez qui elle fait des services en échange du logement et lui suggère que des élèves infirmières pourraient loger chez lui, par la suite, en soulignant le côté compagnie et solidarité. Un extrait de mail de cette jeune femme: plus nous faisions les folles, plus le visage de notre mamie d'adoption s'illuminait ! Je suis heureuse de ce mode de logement qui me permet tout en étant utile de vivre dans un cadre que les étudiants n'ont pas l'habitude d'avoir. Et je ne parle même pas des relations humaines qui se nouent dans de tels contextes... c'est parfois dur, fatigant, mais tellement riche !

Il ne dit ni oui ni non, dit qu'il vit dans le présent, qu'il ne se voit pas faire de projet, bon, chacun sa tactique, moi j'aurais bien vu la maison redécorée dans tous les tons de rose qui peuvent graviter autour de Barbie (pas Klaus.) avec des objet évoquant le plus violement possible le sucre d'orge, des cascades de duvet, des coussins kitchs et 365 fois 24 heures de compil des Lolitas les plus Lolitantes du marché. (En ce moment j'ai bien du mal à me remettre de l'audition de « goodbye moon » par Shivaree, je crois. Je sais pas ce qu'on lui a mis dans sa blédine à celle là mais sur ce sujet là aussi, je commence à douter dopage.) Pendant le déjeuner, je lui fais raconter de ses histoires d'avocat, sans doute à cause de l'idée solidaire qui m'avait effleurée et ça nous change un peu de l'ambiance de slurps compassés que nous entretenions jusqu'à présent.


11h40: Arrivent Brigitte et Marion, qui nous relèguent un peu en fin de tournée vu que pour maman il n'y a plus trop d'impératif horaire, à d'autres d'avoir cet avantage là. Maman ouvre l'oeil et semble regarder Marion qui lui parle mais ne réagit pas du tout. Enfin il y a un plus par rapport aux derniers jours. Problèmes de draps encore, les draps housses en coton ne vont pas sur le lit de maman, ça me semble nouveau, je comprends pas, du coup, je les mets tous dans l'armoire de papa. Ca me gave, ces histoires de draps qui vont pas, ça me gave grave.


10h00: Je fais des massages de temps en temps à maman. Sa main droite est bien gonflée, ses pieds ont des difficultés de circulation et la perf dans la cuisse fait un oedème qu'on peut essayer d'aider à résorber en faisant gaffe à l'aiguille qui reste en place. Elle semble dormir, ou s'absenter, on ne sait pas trop, mais il passe quelque chose quand même dans ces moments là, il me semble. Sans ça, merles et rouge gorges vendangent la vigne vierge, ça me plait bien et j'essaye de filmer. Je nettoie les carreaux qui peuvent servir à une prise de vue, ce qui fait que quelques fenètres ont un carreau nickel qui donne l'impression de laisser entrer le froid.


08h00: Tiens, j'avais oublié d'en parler hier, mais comme papa disait qu'on n'échappait pas à cette terrible chose d'une mort longue à venir, je lui ai opposé le cas de tonton, noceur notable, parti il y a quelques jours de ça d'un arret cardiaque dans la baignoire de sa copine. Lui à qui ils reprochaient d'être obsédé sexuel, voilà, et la morale de l'histoire c'est que c'est les mieux lotis. D'abord, les gamins veulent tous devenir pompiers c'est parcequ'ils sont mal renseignés et qu'ils savent pas bien comment le dire, sinon ils voudraient tous devenir obsédés sexuels. Je voulais aller le voir un jour à Paris et bien c'est loupé. Adieu Tonton.

samedi 25 octobre 2008

18h05: Je m'avise que c'est juste l'heure un peu passée du café philo. Je descends voir si ça intéresse papa qui dit qu non, tout compte fait. Moi ça me le fait pas trop non plus, et puis, la curiosité et le coup de bouger, j'y vais quand même.

Le bistro est chouette, mais arrivé en retard je suis un peu sur la touche, leur sono est faiblarde et le bar a laissé les clips sur écran géant. C'est pas trop grave, qu'assez rapidement je préfère les clips. Il y a là une bonne quinzaine de gens. J'ai vue d'où je suis sur un groupe de femmes dans mes carats et qu'ont l'air de se fairche d'une force... Y'a que quand un plus retardataire encore que moi est arrivé que je les ai vues toutes avec une banane à faire plaisir, ça devait être leur Henri-Lévite à elles. Le thème était: « Sommes nous tous programmés » J'ai entendu prononcer le mot « mimétisme » dans le tas. J'ai fini mon chouepse et me suis rentré. Le 22 nov, le sujet est: « Savons nous encore nous amuser? », la question peut se poser, en effet. Au retour, je tombe sur Brigitte et Marion. Maman pas plus réveillée. Marion me dit de pas hésiter à appeler s'il y a un problème, que c'est elle qui est de garde. Je lui dis qu'alors j'appellerai de toutes façons mais elle a compris que c'était quand-même pas vrai. Elles ont changé la bouteille de perf, et voilà. Brigitte a pris des nouvelles de mon bricolage pour tracter le fauteuil de Sylviane derrière le vélo et je lui ai annoncé le fiasco que c'était pas la même largeur que celui de maman, donc planté. Mais j'ai raconté les rollers, elle en fait pareil, avec appui, c'est marrant.


16h34: Il est 16h34 et rien à signaler du côté de maman. Elle gémit de temps en temps mais dans son sommeil. Nous, on n'a plus rien à faire pour elle. On casse la croute, j'ai fait une virée des magasins mais pas trouvé grand-chose de ce que je cherche.

08h00: Maman dort, la tête enfouie dans le traversin. Je la dégage, elle ne se réveille pas. Papa vient lui dire bonjour et constater qu'elle est toujours vivante. Hier comme je lui demandais une critique artistique de ma soupe, il m'a dit qu'elle était excellente mais pas assez salée et après un petit silence, il a ajouté en apparté: Pas salé, c'est vraiment dégueulasse. Je suis parti ensuite pour l'ouverture de la pharmacie de 9h récupérer des flacons de perf et gueuler qu'on commande ce qui est écrit sur l'ordonnance une bonne fois pour toutes, ça fera quatre fois à se déplacer pour 10 flacons, le pharmacien est amoureux de nous, ou quoi? Pendant que je fulminais au comptoir face à un potard légèrement empoté, un papi en casquette à côté s'extasiait sur sa potarde à lui: « Qu'est ce que vous ètes jolie! » et de le lui répéter, après quoi, il me mets dans le coup: « N'est-ce pas qu'elle est jolie? » Une rapide évaluation de la situation m'informant qu'il était impossible de dire le contraire, j'acquiessai en lui rajoutant simplement que lui aussi n'était pas mal non plus. Il a été très content, m'a remercié que ça lui commençait bien la journée. Je l'ai retrouvé ensuite au bistrot où il continuait son cirque avec une serveuse tellement habituée qu'il lui faisait la bise. J'aurais eu le temps, je l'aurais pisté, ce malin là, voir s'il arrivait à totalement remplir sa journée de la sorte. Ca donne des idées pour la retraite. Ah, à propos, papa parlant de la sienne, disait hier qu'il pensait rester à Vauxbuin l'hiver et aviser au printemps.

vendredi 24 octobre 2008

20h00: Je suis en train d'étudier le maniement des patchs quand elles arrivent. Je leur refile généreusement le bébé. Elles font ça et la perf puis repartent vers d'autres aventures.


18h00: Passage d'Isabelle et Viviane. On trouve pas de perf à installer, j'appelle au pharmacien pour qu'il en donne à papa qu'elles ont déjà envoyé là-bas pour les patchs et je ne sais plus quoi. Elles font un essai de faire manger maman mais ça marche pas. Elles repartent pour repasser plus tard.

12h30: Déjeuner sans grand entrain. Malgré une super blanquette de Christine, nous deux papa à table sans iench et sans maman, je crois que je vais pouvoir passer aux farces attrapes et autres cotillons pour que ça atteigne sa pleine mesure. Jusque là, on fera rien que le ressentir vaguement, mais sous un déluge de serpentins, dans des tourbillons glaciaux de spaghe... de confettis, il me semble que ça aurait vraiment de la gueule. Quand nous avons fini de rire, maman s'agite un peu, mais pas moyen d'établir de contact, je laisse tomber.

10h30: Rappel du médecin pour des douleurs observées à manipuler maman, les infirmières passeront dans la journée chercher une ordonnance de morphine et appliqueront le patch ce soir.

10h15: Passent Olivia et Leila. Elles appellent le médecin traitant dans l'idée de mettre une perf intraveineuse qui pourrait se charger des médocs, le médecin dit d'oublier les médocs si elle peut plus les prendre et de passer à des patchs de morphine si elle souffre.


08h00: Je me lève voirskispass après mon dej en thé et c'est pas grand-chose. Papa se prépare d'après son dej afini et maman bouge pas d'un cil. Dans le vase communiquant, je chope que demain samedi 18h il y a un café philo sur le thème: « Sommes nous tous programmés? » J'en touche un mot à papa qui dit ni oui ni non. Un peu après 9h, maman balbutie un peu et j'ouvre les volets. Impossible de lui faire avaller quoi que ce soit. Je remets ça au passage des HADettes mais à 10h, elles sont toujours pas là.

jeudi 23 octobre 2008

17h30: Les infirmières repassent et mettent sa perf à maman pour la nuit. Elle dort tout le temps. On dine nous trois, je suis chargé de faire avaller ce que je peux après avoir raccompagné Christine au train. Maman prend juste ses deux petits médocs avec une petite cuillerée de soupe.


13h30: J'arrive, tout vacancé de mes noces parisiennes. Pas d'aboiements, évidemment y'a un blême. Pas de petits glapissements non plus, bon, ben y'a pas d'aboiements à rattraper. Y'a ma soeur qui pleure comment que c'est galère pour enfourner des petites cuillerées dedans maman. Y'a l'ombre de papa. Et maman qui va pas fort du tout, dans son nouveau fauteuil. On peut même pas savoir si elle m'a reconnu. Quand les infirmières arrivent, je les aboie un peu, manière d'entretenir les traditions et de leur faire remarquer qu'y a plus de chien. J'ai pas de carresses quand-même. Je crois que je vais arréter. Et puis le panier est trop petit. L'après midi, maman reste au lit.


LE SOIR. Mauvaise après-midi, malgré un temps agréable et la solitude espérée. Le docteur s’est fait attendre, ce qui m’a empêchée de sortir Maman ou de sortir tout court. J’ai fait brûler une compote en essayant de mettre le son pour voir « Juno », film recommandé par François que j’ai regardé avec les sous-titres, sans le son. Le fils Da Maïa heureusement m’a apporté un texte de Platon à lire, mais là-dessus, Papa téléphone qu’il arrive plus tôt, et pendant que je vais à la gare, forcément, Mouton se pointe....

Maman a en effet des problèmes mécaniques de déglutition, la langue se paralyse, le réflexe disparaît. Le grand docteur, grand par la taille, a renouvelé l’ordonnance. Il a aussi ordonné la perfusion pour dix jours. A part ça, que peut-il faire et ce n’est pas un acharné thérapeute, il a dit qu’à la place du docteur de l’hôpital, qui avait diagnostiqué l’embolie, il n’aurait pas ordonné les piqûres.

Papa n’avait rien de spécial à raconter de la messe d’enterrement, vu qu’il n’entend plus les sermons. On se demande pourquoi les églises, fréquentées par des gens âgés, n’ont pas une meilleure sono.

François annonce son arrivée pour demain, 13h.16 à Soissons, c’est donc mon au revoir au blog, qu’il va reprendre de main de maître. J’ai expérimenté, ces jours-ci, que ça fait un bien fou de « raconter » quand on vit des trucs un peu durs.



JEUDI MATIN. Je rédige mon dernier blog sur la table de la salle à manger, mon pique-fleurs a besoin de renouvellement, ça tombe bien, il fait grand soleil, un temps à faire du vélo. Maman tombe de son fauteuil en face de moi, après les efforts communs du petit-déj. Je mets des coussins pour qu’elle reste un peu en position assise. Papa est aux courses, on entend la pendule du salon, qui n’est pas en argent mais en or, « qui dit oui, qui dit non…. », le silence est terrible depuis la disparition du chien. Maman parle de temps en temps, je ne sais pas ce qu’elle dit, elle ne s’adresse à personne. Mais hier, quand je lui ai dit que Papa était à Paris, j’ai compris qu’elle disait : « qu’est-ce qu’il fait à Paris, Papa ? »

Bon, je mets Maman sur son lit, elle coule de son fauteuil malgré les coussins, et je vais cueillir des fleurs. A partir de demain, j’ai mes petits, mais même si je n’avais rien à faire, je pense qu’une dizaine de jours ici, c’est la bonne dose. Heureusement qu’on est « famille nombreuse » et que le petit dernier n’a pas fait naufrage avec son bateau !! Il semble qu’une dizaine de jours, neuf très exactement, cétacé dit la baleine, je me prépare avec joie à revoir le roi des calembours !!

Et je lui conseille de veiller à ne pas dépasser cette limite, ce qui est facile puisque Thierry va revenir et moi, je remonte du midi le 4 nov., jour de l’élection américaine. Je vote Obama, et vous ?

mercredi 22 octobre 2008

MARDI SOIR. La pluie ayant cessé, on a fait le tour du cimetière, excellent exercice pour moi et plaisir tout de même pour Maman, qui aimera l’air, « le bon air » jusqu’à son dernier souffle. Le déjeuner au resto fut un échec. Pour ne pas nous absenter trop longtemps, on est allé dans une zone commerciale à côté de Vauxbuin, rien que des hangars, et un « Campanile ».C’était dégueulasse, même les carottes râpées. Les moules à la bière de Papa étaient accompagnées de frites incroyablement farineuses etc. Grâce à cet échec, le prochain de nous qui accompagnera Papa au resto aura droit à une chiquesse, du moins j’espère. J’ai dit que c’était cool de ne pas avoir de vaisselle à ranger, au moins ça.

Maman a peu mangé, elle n’avale pas, le toubib vient demain, pendant que Papa sera à Paris. Je serai face à face avec l’homme au regard fuyant…

Au déjeuner, la conversation a porté sur l’euthanasie. Papa pense, à juste titre me semble-t-il qu’une société qui légalise l’avortement marche sur la tête en prohibant le droit de chacun à mourir dans la dignité qui lui convient. A cette occasion, j’ai compris que Papa avait choisi de nous voir, du fait que nous « soignons » Maman, comme des ennemis de l’euthanasie, comme ceux-là « qui marchent sur la tête », en quelque sorte. C’est plus confortable moralement, pour lui, d’avoir la raison de son côté, et de transformer notre dévouement en erreur idéologique. Evidemment, je ne lui ai pas dit ça, j’ai souligné le fait que nous voulons que Maman souffre le moins possible pendant sa fin de vie. C’est de l’amour, ça n’a rien à voir avec une quelconque « prise de position ». Ah bon, on est d’accord… Sauf que selon lui, on prolonge un supplice (un double supplice assurément, mais je ne l’ai pas dit !!).

A propos, ça devient pénible de faire manger Maman et, le soir, quasiment impossible. Je me donne bonne conscience en lui faisant quand même avaler les médocs.

MERCREDI MATIN. Grisaille moins humide aujourd’hui, je ne suis plus réveillée par les aboiements du chien, mais par le pas lourd de Papa dans l’escalier. Les Hadettes, même quand je n’ai jamais vu leur tête (elles sont 600 à l’AMSAM), sont un réconfort extraordinaire. Mes préférées sont Aurore et Lucie, mais le tandem Marion-Olivia est exquis, on échange des propos légers et agréables, je leur offre des pommes du jardin qu’elles accueillent avec enthousiasme, elles trouvent que ma cuisine sent bon, etc.

Papa est « beau comme un astre » pour partir à Paris. Et, moi, je me réjouis de ma courte solitude, parce qu’avec son camping devant la télé, je n’ai pas encore eu le temps de voir les films de François.

Mais le plus important pour aujourd’hui, c’est que Maman a pris un petit déjeuner « complet », y compris le café, et plein de fruits mixés. Elle avalait, donc le pb n’est pas mécanique. Je verrai Mouton cet aprèm.

LUNDI MATIN, le 20 oct. C’est encore une belle journée d’automne et il fait doux. Maman était mieux ce matin, on ne téléphone pas au Mouton, je crains qu’il la mette sous perfusion. Elle ne mange plus comme avant (avant quoi ?) mais s’alimente et absorbe les médocs. Les fonctions digestives ont donné signe(s) de vie, hier et aujourd’hui, et puis Maman parlait, c’est elle qui a tout décidé, de se lever, de regagner son lit après un petit-déj qui pompe pas mal de temps et d’énergie.

Papa n’est pas gâteux, contrairement à ce qu’il prétend pour expliquer sa mélancolie, mais il n’est quasiment jamais dans la réalité, c-à-d dans la nécessité. Tout lui échappe et lui semble superflu. La vieillesse est une injustice, la mort un doux rêve et un cauchemar, et il passe son temps à dire « je n’y comprends rien ». Je ne me demande plus comment on peut avoir lu tant de livres, y compris de grande philosophie, et se retrouver aussi désarmé devant les choses prévisibles de la vie : c’est pour échapper aux « choses de la vie » qu’il lisait, rien d’autre. Une grande partie de ses préoccupations intellectuelles concerne l’après-vie, la vie éternelle ou le néant. L’entre-deux lui est devenu invisible ou plutôt irregardable.

A propos de regard, il ne voit que ce qui incarne une certaine « idée », au sens de Platon, quelque chose d’immuable, qui n’a rien à voir avec le réel, par exemple la beauté incarnée dans un enfant (Alexandre) ou une jeune femme, Carla Bruni et autres ( à Soissons, ou plutôt à Cora, les jolies filles sont sur papier glacé plus que sur leurs pieds). Bref, il ne me voit pas, il ne voit pas les Hadettes, même si parmi elles, il y a des mignonnes. Mais elles sont en blouse blanche et dans un rapport au réel quasiment insoutenable. Et, ce matin, à 9h.20, il dit « Madame Da Maïa ne viendra pas aujourd’hui », je lui dis qu’elle vient à 9h et demie, et quand elle entre sa superbe auto dans la cour, pile poil à l’heure, il dit « tiens, qui donc nous fait une visite ? » Tout ça pour dire que, non, il n’est pas gâteux, il est poète.

APRES MIDI. C’est l’été indien en Picardie. Maman semble avoir des difficultés à manger liées à sa paralysie, et pourtant elle est très éveillée, elle parle, fait semblant de coudre avec sa main valide. Le jus de fruit pressé passe, un peu gélifié. Le gros problème, c’est le fauteuil, elle souhaite s’y asseoir et ne tient plus dedans. Je n’ose plus aller jusqu’au cimetière.

A midi, Maman a mangé à table, Papa est parti, l’appétit coupé. Dans la voiture pour aller chez Bastide, je lui ai reproposé un stage aux Gloriettes, il est d’accord, je lui ai dit d’attendre le retour des frères, il a proposé l’hôtel, en fait n’importe quoi plutôt que de voir Maman. Si des fois mes frères veulent garder Maman à deux et sans Papa pendant les vacances de la Toussaint, je crois pouvoir dire que c’est faisable.

Au fait, pas de « fauteuil coquille » avant une quinzaine de jours, flûte de flûte !!

LE SOIR. Papa a fait un tour d’une heure et demie dans la forêt, seul, il s’est perdu comme d’habitude, il rentre fourbu mais mieux disposé, me félicite quand je réussis à lever Maman pour le dîner. En effet, je suis bien contente, elle a mangé un bol de soupe et un yaourt. Papa est à la télé pendant le repas de Maman, c’est ainsi qu’il faut que ça se passe, me semble-t-il, et je peux lui demander de l’embrasser pour lui dire bonne nuit. Maman parle, il est pour moi impossible de comprendre les longues phrases, mais elle reste ferme et claire concernant ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas. Lucie et Aurore m’ont dit que la réhydratation par transfusion avait été bénéfique, ça l’a réveillée. Elles m’ont dit aussi que l’HAD fournirait le fauteuil « coquille », j’aurais dû y penser, tout passe par eux maintenant.

MARDI MATIN. Pluie, temps gris. Papa a l’intention de m’inviter au resto, après le repas de Maman. Maman a retrouvé sa présence, elle a mangé normalement ce matin. Côté intestins, on est au beau fixe, tout se passe normalement (sauf que Maman alterne les semaines au lieu des jours).

Une nouveauté : il y aura une feuille de route à remplir pour les repas, il faut tout écrire de ce que Maman mange et boit. C’est une bonne chose, mais va falloir être attentif. Il faut noter les verres d’eau !! Je l’ai scotchée, la feuille, dans la cuisine.

Maman ne semble pas remarquer l’absence d’aboiements et autres signes, tant mieux, je n’aime pas l’idée de mentir. Je redoute demain, on va rester seules Maman et moi, pendant que Papa va à Paris pour l’enterrement de l’oncle Bernard, elle va me demander où est le chien…

lundi 20 octobre 2008

SAMEDI 18 OCT., SOIR. Papa ne semble pas plus ému que cela de la perte du petit chien et Maman est trop endormie pour s’apercevoir de l’absence. Papa range les paniers à la cave, je lui ai fait remettre le panier du salon, c’est peut-être inutile, et peut-être aussi que Maman serait contente d’apprendre que son TI-LOU a eu la fin qu’elle aurait espérée pour elle-même, on verra avec François ce qu’il convient de faire, mais pour l’instant, on fait comme si….

Il paraît que l’as de l’informatique a réussi à mettre mes mails sur son blog, donc les nouvelles circulent. J’en profite donc pour annoncer le décès ce matin de l’oncle Bernard, que j’ai vu pour la dernière fois aux obsèques de Jacqueline Merceron, sa sœur. Je n’ai aucun chagrin, Papa non plus, sauf que ça lui rappelle sa jeunesse et qu’il n’aime pas ça.

Bon, ça suffit pour aujourd’hui, Maman n’a pas faim, elle prend tout de même ses médocs.

DIMANCHE 19 OCT. Beau soleil. Papa m’a réveillée à 8h.30, les Hadettes ne sont pas encore là, mais il ne peut ouvrir le premier la porte de Maman. Elle prend les médocs, une quantité invraisemblable mais peine à déglutir. C’est le nouveau problème, elle ne mange plus suffisamment, elle n’avale pas, ça reste dans sa bouche ou ça part sur la serviette. Très vite, elle dit qu’elle n’en veut plus.

On fait un tour par Monoprix, c’est moins long que la messe et aussi distrayant, et Papa m’offre le pyjama que j’ai trouvé pour avoir chaud la nuit. Avec Papa, ça va bien, même les fois où on se renvoie des balles un peu difficiles. Exemple : « Tu te rends compte, dit-il, ces femmes, le boulot qu’elles font, quelle horreur etc. » (Il s’agit des Hadettes, je passe les détails du boulot vu par Papa). « C’est tout à fait relatif, répliqué-je, si elles savaient que tu as été juge, elles diraient peut-être « quelle horreur d’envoyer des gens en prison ! »

Maman ne donne presque plus de signes de présence, on fait une balade avant le repas qu’elle refuse de prendre, puis une après, elle dit oui pour sortir du lit, mais elle ne tient plus dans son fauteuil. J’ai signalé le fait qu’elle ne mange plus, ce sera rapporté au médecin ; on m’a dit de voir aussi si je ne pourrais pas nous procurer un autre type de fauteuil, en « coquille », où elle serait mieux soutenue. On verra demain chez Bastide.

Le Lundi, mon café est fermé, le blog repartira Mardi.

samedi 18 octobre 2008

VENDREDI SOIR, le 17 Oct. Le soleil est assez chaud pour qu’on se tienne sur le banc, on a devisé près de chez nous au soleil avec Papa, il m’a donné envie de lire un Prix Nobel australien, Coetze, je crois. Maman, avec sa tendance à couler à gauche, ne se réveille pas beaucoup. Quand elle est ainsi, je pense moins à une incapacité de « tenir » qu’à un refus de le faire. Est-ce parce que cette femme a toujours voulu ce qu’elle voulait, son « oui » étant « oui » et « non » un vrai « non », je n’arrive pas à la considérer comme dépourvue de libre-arbitre. Et, le soir, quand elle refuse de manger, pareil, je me dis qu’elle se fâche un peu, qu’elle nous donne congé, à nous et à notre stupide bonne volonté.

Ti-lou fait un repas d’enfer, la soupe protéinée de Maman plus l’os du bœuf bourguignon, Papa se couche tôt et je regarde très peu la télé, c’est pas tous les soirs qu’on a Bernard Tapie pour nous distraire.

SAMEDI MATIN. Pour Maman, ça a été un lavement, dont on n’a pas encore le résultat et pour Papa, ça a été une visite chez le vétérinaire, le chien avait inondé son panier et se traînait.

J’ai fait déjeuner Maman, mais pas beaucoup, elle parlait mais ne voulait rien absorber. J’ai bien vu qu’elle a toute sa tête, parce que je lui ai dit, exprès, que Papa était chez le vétérinaire, et elle a très bien compris, je l’ai bien rassurée, quoique moi-même je ne le fusse pas, rassurée.

Bon, Papa est rentré tout seul, il a laissé définitivement le petit chien, gros problème cardiaque, paraît-il. On est un peu chamboulés, pourvu que Maman ne la cherche pas. On pourra toujours dire qu’elle est restée en « observation »…

A part Papa et moi, la nouvelle de cette disparition risque d’affecter François, je n’ose pas troubler ses vacances en lui téléphonant donc il l’apprendra par le « blog », mais c’est un faux blog, puisque, faute d’avoir trouvé une connexion, je fais des e-mails qu’ensuite il met sur le blog. Et, d’après un texto qu’il m’a fait, il n’arrive pas non plus à se connecter avec son nouveau portable.

Je vais rentrer, c’est la fin de la sieste, qu’est-ce qu’on va faire pour échapper à une poignante tristesse ? Moi, je peux me plonger dans mes photos de bonheur, regarder Eva et les autres, mais Papa ?? Et si je pleure avec lui, qui d’ailleurs ne pleure toujours pas, est-ce que ça le fera, comme dit mon frère ?? Les temps sont difficiles.

JEUDI SOIR, le 16 Oct. Après l’Hôtel de la Gare, où je fabrique ce blog, il y a eu une belle éclaircie. Du coup, avec Maman, on a fait un grand tour, celui du cimetière, où l’on croise des couples ou des familles qui précèdent la Toussaint en visitant leurs disparus, un bouquet à la main. Ceux que j’ai félicités d’entretenir si bien ce lieu de mémoire, comme on dit aujourd’hui, m’ont dit qu’ils venaient tous les jours et vu leur âge, j’ai pensé au deuil d’un enfant, enfin d’un descendant, je n’ai posé aucune question, soudain intimidée. Il y a bien pire que perdre sa mère, et je remercie le ciel de ne nous envoyer que des malheurs liés à notre condition, normaux, quoi.

Maman n’a pas vu les chevaux, même en ouvrant les yeux, j’ai la certitude qu’elle y voit de moins en moins et c’est ce que m’avait dit Bouboule, à cause de la place occupée par une des tumeurs du cerveau ; perte de la parole et de la vue, c’est programmé.

On a fini l’après-midi sur le banc habituel, d’où on peut guetter l’arrivée des Hadettes, et là, coup de fil de François, très agréable. Je ne sais pas jusqu’où s’arrête son charme parce qu’il a réussi le tour de force d’emménager avec S. dans son galetas, et mieux encore, alors qu’elle pourrait crécher chez des copains qui ont l’électricité, le chauffage et l’eau courante, elle a décidé de continuer son séjour à Paris dans le gourbis où Thomas et Sophie mettaient leurs choses hors d’usage.

Le dîner a lieu au lit pour Maman à cause de la perf. Elle aime bien ma soupe mais ça devient de plus en plus dur de la faire manger, elle n’avale pas ou si paresseusement que la moitié coule sur la serviette. On est condamné aux très petites quantités, ça prend du temps et elle en a marre assez vite. Papa dit qu’elle mange beaucoup avec François, je ne sais pas comment il fait…

Nuit sans histoire, elle dort vraiment quand je passe.

VENDREDI MATIN, le 17Oct. Comme prévu et vu à la télé, très beau soleil, mais il fait frisquet. Marion, sollicitée de m’enlever le fil de la petite opération qui m’a défigurée ces derniers jours, me raconte je ne sais quoi que ce n’est pas possible, et c’est l’aide-soignante qui s’y colle, sinon je pensais le faire moi-même…

Maman ne sourit que sur commande, et ce n’est pas moi qui commande quoi que ce soit, c’est Papa. Il ne s’en occupait pas du tout, ni bonjour ni bonsoir et ça semble s’arranger, il ne m’a pas laissée faire toute seule et il lui tenait même la tête pour le déjeuner. Avec Papa, ça s’arrange en ce sens qu’il devient plus bavard, moins renfermé. J’ai bien fait d’attendre en parlant toute seule. Je lui fais des bons petits plats, du coup.

Chloé m’a remerciée pour la montre depuis Séoul, et Alexandre m’a dit qu’il était avec Papa et Maman. « Comme moi », lui répondis-je.

MARDI SOIR. Arrivée tardive de la remplaçante. Mes frères me voient volontiers comme un bouche-trou, mais F. m'accueille gentiment, il a l'air super-content de partir et de retrouver sa copine. Je prends donc la succession pour les nouvelles de Maman, tâche difficile, vu qu'il n'y a rien de neuf depuis longtemps et qu'on plonge lentement mais sûrement dans le noir.
MERCREDI MATIN. Fini le beau temps. François décarre, toujours en vélo, j'ai eu moi aussi envie de l'étrangler, comme quoi on a nos nerfs, nous aussi les soeurs. Ouf, enfin seuls avec mon Papa chéri, qui n'a pas l'air plus loquace que son épouse, et quand il émet un son, lui on comprend ce qu'il dit, des fois on peut même le prévoir, eh bien, on le regrette.
Maman petit-déjeune correctement, je suis même fière de la façon dont elle absorbe la totalité de sa tasse à café, vu qu'il y a une certaine rivalité fraternelle sur la question. Ensuite, elle refuse le lit, mais le pb, c'est qu'elle ne tient plus bien assise, elle tombe vers la gauche. Pour la faire manger, je reste debout, la main gauche sous sa tempe gauche et la droite tenant la cuiller. Pas mal, l'eau gélifiée pour les médocs.
Le déjeuner, ça marche, mais je suis obligée de faire manger Maman avant de me mettre à table, à cause de la station debout. J'ai un pb de convivialité : Papa depuis toujours souhaite qu'on donne à Maman ses repas "à part", j'ai vaillamment résisté contre jusqu'ici, mais ça en prend le chemin, vu que Maman a besoin d'une attention à temps plein et ne s'intéresse plus du tout à la conversation, ayant la plupart du temps les yeux fermés. Mais ça peut être trompeur. Le fait est que parfois, elle a une présence d'esprit extraordinaire.
LE SOIR. Maman est restée sur son lit tout le temps et comme il pleuviotte je n'avais pas d'argument, je n'ai même pas été cueillir les fleurs à vélo, comme j'avais projeté.
Installation de la perf pour 4 jours, mais une bouteille par nuit, et le jour, on bouche et on enlève le tuyau. Après l'opération des Hadettes, Maman est tellement épuisée qu'elle ne répond même pas quand je lui apporte sa soupe au lit et donc, rien à faire, même en revenant à la charge, elle n'a rien pris, même les médocs.
J'ai passé la tête deux fois la nuit, la deuxième fois, le flacon était déja vide, j'ai donc fermé le tuyau comme on m'a dit. Maman dormait bien, paisiblement, avec bonne mine, ça m'a calmée.
JEUDI MATIN. Les Hadettes ne sont pas là avant 8H 45, je donne les fruits et les médocs au lit. Quand Maman vient à table, elle a l'air un peu réveillée et le petit-déjeuner passe bien, sauf la tartine dont elle ne veut plus. Je vais essayer la blédine demain.
Pareil pour le temps, la pluie menace mais quand je propose une balade, c'est accepté avec enthousiasme, mais Papa se lève de devant la télé où il s'allonge tout le temps (je ne lui dis plus d'aller s'allonger dans sa chambre, je crois qu'il aime "marquer" son territoire de cette façon...)et s'empare du fauteuil. Quand je vais le retrouver un peu plus tard,il pousse Maman devant la maison et me dit : "on dirait le vice qui s'appuie sur le crime", et comme je remarque, un peu sèchement, que je ne vois pas le rapport, que ni la vieillesse n'est un vice, ni la maladie un crime, il dit "D'accord, mais ça y ressemble, qu'est-ce qu'on a fait pour mériter ça, d'être des déchets etc."
Bon, je vous fais grâce de la conversation à table, où il y a eu des moments agréables, c'est quand il raconte des anecdotes que je connais par coeur.
Là, c'est l'heure de la sieste, Maman a mangé un yaourt et de ma compote, elle n'a pas voulu du plat de résistance, à base de poisson.
Ce café de la gare est sympa, dommage que je n'aie pas le temps de participer à la conversation du comptoir, c'est plus vivant que chez nous. Mais à midi, il y a eu un coup de téléphone de mes hommes, les quatre réunis au bistot habituel à la Défense, où travaillent maintenant deux d'entre eux. gentil d'avoir pensé à moi et de m'avoir envoyé une photo.A plus tard.

mardi 14 octobre 2008

19h30: Maman mange bien. Finit presque sa soupe, prend un yaourt, tous les médocs sauf la pilule de ouf qu'on associe à la perf et qu'on veut se faire expliquer. Après, dodo les yeux et j'attend 22h23 chercher Christine à la gare.


18h30: Arrivée des HADettes, visiblement à la bourre, qui annoncent que la perf sera pour demain après-midi et repartent vraiment rapidement. Dommage, si c'est administré la nuit, ça laisse à maman son mouvement dans la journée.


16h00: On fait une bonne balade, mais maman ouvre rarement un oeil. Elle dit que ça lui plait, pourtant.


12h30: Maman mange presque rien, que ses médocs. Les HADettes passent pas et téléphonent qu'elles ont eu une réunion.


10h00: petite balade. Maman est complètement amorphe. Papa a ramené les courses, le médoc est une pilule encore plus énorme que les deux qui nous font déjà bien chier. Ca me fout en rogne, je pars demain et j'en ai déjà bien marre.


08h00: Maman est réveillée, je lui propose de lui faire boire de sa purée de fruits sans transipeg, mais qu'on fera tous les médocs après. Ca la fait sourire et on fait comme ça. Aujourd'hui j'ai bien mal au dos et de devoir lui tenir la tête pour lui faire avaller, ça m'arrange pas. Les HADettes passent, elles ont amené du matos pour la perf, manque plus que le support. Papa part en courses chercher la perf et un médoc.

lundi 13 octobre 2008

19h30: Maman dine mieux que ces derniers temps. Un peu de soupe avec tous les médocs et puis un yaourt en entier.


17h00: Passage du médecin qui trouve un peu de selles, trouve qu'elle va pas si mal et prescrit la perf sous-cutanée. Papa doit aller la chercher demain et l'HAD la mettra en place. Ca devrait pouvoir se faire de nuit pour permettre du mouvement dans la journée.


14h30:Passage des infirmières, elles laissent un mot au docteur comme quoi maman est déshydratée. Y'a de la perf dans l'air.

12h30: Maman est venue déjeuner à table et a pu prendre tous ses médocs avec un petit peu de soupe. Elle a bu un peu aussi et est retournée se coucher. De temps en temps elle dit qu'elle va mieux, qu'elle va pouvoir se lever, mais à la voir, on n'y croit pas des masses. On attend le docteur.

09h15: Arrivée de Brigitte et Juliette. Maman se lève après la toilette, mais plus pour le changement de position qu'autre chose, elle n'a pas envie de prendre de café olé. Elle demande si la chienne est rentrée et se rendort une fois rassurée par l'autre truffe venue se faire caresser. L'infirmière nous dit d'appeler le docteur que le ventre de maman se durcit. Il devait venir de toutes façons, mais papa l'appele genre pas qu'y nous zoublie.


08h15: Maman est réveillée, mais pas en forme. Dit qu'elle a mal dormi. Elle arrive a prendre tous ses médicaments avec de la purée de fruits chaude.

dimanche 12 octobre 2008

19h30: Maman est pas vaillante du tout, mais elle accepte l'idée de prendre un peu de soupe avec ses médicaments. Tout passe, le transipeg que j'avais mélangé et les mégagélules que Christine dit qu'elles sont importantes aussi. Maman prend aussi un yaourt et descend je dirais 130ml d'eau. Après je l'instale pour la nuit, j'ai même pas le coeur d'enlever le hamac lève-personne ce qui la bousculerait.


17h15: Passage de Lucie et Sandrine qui me conseillent de faire plus boire maman qu'elles trouvent déshydratée. Bon. On administre direct de l'eau gélifiée.

12h45: Arrivée de Christine et Thomas. Ils ont pas de bol et maman non plus, de fait parcequ'elle est pas en forme et somnole, voire dort tout le temps. Juste elle prend son antidouleur avec de l'eau gélifiée. Rien mangé du tout. Elle reste avec nous mais endormie ou tout comme. Nous on se tape la salade de Christine qu'est excellente, pour les salades. Un roti de veau de nous deux papa et un gateau du patissier de papa. Ca l'a fait, on va dire. Ils auront quand-même eu un peu d'échanges avec maman à l'arrivée et avant le départ, mais bon, pas la pêche. La vidéo du chevreuil part pour la Corée dans l'ordi de Thomas, Christine se ramasse des pommes à compote et ils se rentrent dans leur grosse auto de location, ne laissant que la machine à laver la vaisselle à vider quand elle aura fini, sans oublier de la débrancher pour pas s'électrocuter. Cool.

08h30: Sandrine et Lucie passent. Un tout petit peu de selles parait-il. On se contentera de ça. Maintenant je regarde les miennes comme de l'or et je comprend mieux ceux qui gardent les leurs au congélo. Tidej normal, toujours du tirage autour du café qu'elle veut boire seule. Comme je me résignais à lui mettre la tasse dans la main avec un certain agacement et la certitude du résultat elle a dit non à ce moment là et on a continué à la cuiller jusqu'à ce qu'il y en ait plein la serviette. Le moment du café est pas le meilleur de la journée. Grand coup d'eau gélifiée à la sortie, ça ça marche encore, mais celle faite de la veille est bonne à foutre en l'air, trop liquide.


07h40: Maman est réveillée, je lui donne ses médocs, le matin les gellules de cheval passent avec une tasse de purée de fruits transipeg dont elle ne prend que la moitié. Ensuite attente, les HADettes semblent plus tard que d'hab.

samedi 11 octobre 2008

19h30: J'ai préparé une toute petite soupe avec du transipeg massé dans un coin de bol. Elle prend ses médocs sauf les gelules de cheval qui sont trop problématiques. Aussi j'ai pas mis de poisson dans sa soupe suivant pour une fois l'avis paternel. Faut dire qu'elle est pas flambante et qu'on marche pas mal sur des oeufs. Elle ne finit pas son bol, mais le transipeg si, ouf. Après plus rien. Elle parle, et se repose sur son fauteuil pour finir par aller au lit. Là elle me demande quelque chose sur aller à Paris et je lui rapelle que j'y vais mercredi mais c'est encore pas ça du tout, c'est qu'elle voudrait aller à Paris faire quelque chose pour son travail imaginaire. Là c'est plus difficile à gérer. Après c'est bonne nuit, mais au bisou, visiblement, chacun campe sur ses positions.


18h30: Maman se réveille. Elle parle beaucoup mais j'ai du mal à tout saisir. Elle a l'air tourmentée à l'idée de ce qu'on va devenir. Je la rassure que pour ma part j'ai pas d'inquiétude. Ca a l'air de passer, ce que je dis, mais par la suite elle se tourmente pour ce qu'elle a fait avec papa et qui n'est pas nous du tout. C'est même marrant parce que je fais défiler les noms et elle fait pouh pour dire que non, y'a pas de souci à se faire. Bon, mais j'ai pas saisi sur quoi elle se tourmentait. Je pense que c'est ses histoires de bureau qu'elle se monte. Entre les lettres à poster et l'état de la mer (elle m'a demandé aujourd'hui comment est la mer.)


17h30: Passage de Sandrine et Lucie. Maman s'est grattée la tempe et saigne. Elle reste allongée ensuite.